Disparition d'André Zaoui
Nous avons appris, avec une grande tristesse, le décès de notre confrère André Zaoui, le 26 août 2026 à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Élu membre correspondant de l’Académie des sciences en avril 1990 dans la section des Sciences Mécaniques et Informatiques, il a conçu et développé des outils théoriques et méthodologiques pour relier les échelles microscopique et macroscopique en mécanique des matériaux. Il a apporté différentes contributions à la micromécanique des matériaux hétérogènes et composites. Membre fondateur de l’Académie des technologies, il a également été le premier directeur de la Fédération francilienne de mécanique (matériaux, structures et procédés - CNRS) en 2003.
André Zaoui voit le jour en 1941 à Vialar (Algérie, alors territoire français) maintenant Tissemsilt. Il se révèle être un élève exceptionnellement doué dans toutes les disciplines, scientifiques ou littéraires. En témoigne le premier prix au Concours Général de thème grec qu'il remporte en 1957. Ses talents et sa culture littéraires se retrouvent dans ses écrits scientifiques, articles ou rapports, où la place de chaque mot compte. Ingénieur civil des Mines, André Zaoui pense un moment s’orienter vers la physique théorique avant sa rencontre, décisive, avec Jean Mandel sous la direction duquel il prépare une thèse au Laboratoire de Mécanique des Solides (LMS) de l'École Polytechnique. Il aimait dire que sa thèse s'est bâtie à partir d'une observation expérimentale faite par hasard : une panne électrique lors d'une expérience de fluage sous vibration, interrompant la vibration, lui permet d'observer ce qu'il appellera l'hésitation au fluage. La recherche de la compréhension de ce phénomène l'amènera à s'intéresser aux interactions entre grains dans un polycristal. De 1964 à 1972, il est ainsi chercheur CNRS à l’École polytechnique.
En 1972, André Zaoui est nommé Professeur à l'Université Paris Nord et devient rapidement directeur du Laboratoire des Propriétés Mécaniques et Thermodynamiques des Matériaux (LPMTM). André Zaoui y crée un groupe de recherche sur la plasticité cristalline qui en approfondit différents aspects expérimentaux et théoriques. Il encourage ses collaborateurs dans la voie des premiers essais in situ qui seront réalisés au LPMTM dans les années 80. De 1981 à 1989, il est directeur adjoint, puis directeur du laboratoire des Propriétés mécaniques et thermodynamiques des matériaux (PMTM) (CNRS, Villetaneuse). Il prend différentes initiatives pour rapprocher la communauté des matériaux de celle des mathématiciens appliqués qui développent alors les aspects mathématiques de l’homogénéisation, dont l’organisation avec E. Sanchez-Palencia d’une école d’été marquante au Centre International des Sciences Mécaniques. Il joue un rôle clef dans le développement de la Mécanique des Matériaux en région parisienne et en France : fondation et animation avec A. Pineau (École des Mines) et D. François (École Centrale) et en association avec les principaux laboratoires franciliens dans le domaine des Matériaux, du DEA « Mécanique et Matériaux » qui a formé toute une génération de micromécaniciens aujourd’hui impliqués dans de multiples secteurs d’activité et auquel sont intimement liés différents ouvrages sur le comportement mécanique des matériaux qui font référence, pôle Firtech « Matériaux », charge de mission auprès du CNRS, puis plus tard création de la Fédération Francilienne de Mécanique.
Parallèlement, il exerce comme chargé de mission au CNRS (SPI et PITMAT) de 1983 à 1989.
En 1990, André Zaoui rejoint l’École Polytechnique au LMS, à la fois comme directeur de recherche au CNRS jusqu’en 2000 et comme Professeur de mécanique jusqu’en 2004. Il fonde un groupe de recherche « micromécanique » à la fois expérimental et théorique sur la Mécanique aux petites échelles, qui est l'un des premiers au monde à maîtriser les essais in-situ uniaxiaux et multi-axiaux sous microscope électronique à balayage et à développer des méthodes de mesure de champs par corrélation d'image à petite échelle. André Zaoui est également convaincu de la complémentarité entre la simulation numérique à l’échelle des microstructures et l’expérimentation locale, qui ouvre la voie à une identification plus précise et plus physique des lois de comportement locales. Dans la période 1990-2005, recherche et formation sont intimement liées dans son activité à l'École Polytechnique et en dehors. Côté enseignement, il participe à la création de la Majeure « Sciences des Matériaux » avec les départements de Physique et Chimie de l’X où il dispense un cours sur les matériaux hétérogènes de très grande qualité. En 2003, il est nommé directeur de la Fédération francilienne de mécanique (matériaux, structures et procédés - CNRS). Au moment de sa retraite au milieu des années 2000, il choisit de poursuivre son éméritat à l’ENSAM où son collaborateur Thierry Bretheau vient de prendre la direction d’un laboratoire.
Sa grande culture a valu à André Zaoui le respect de ses collègues mécaniciens mais aussi physiciens et métallurgistes, académiques ou industriels. Elu membre correspondant de l'Académie des Sciences en 1990, il est notamment responsable d'un groupe de travail sur « les Matériaux du Nucléaire ». Il est également membre fondateur de l'Académie des Technologies en 2000 et membre étranger de l'Académie marocaine Hassan II depuis 2006.
Au-delà du grand scientifique respecté, c’était un homme ouvert aux autres qui savait écouter, comprendre, conseiller avec justesse. Il était « le sage » que les jeunes et moins jeunes venaient consulter, les uns pour les guider dans leur carrière naissante, les autres pour les aider à voir plus clair dans des problèmes complexes et pas seulement scientifiques. Son calme, sa qualité d’écoute, ses propos ciselés avec soin et précision apportaient une forme d’apaisement à ses interlocuteurs dans les débats auxquels il participait.
André Zaoui est mort subitement au bord du « chemin vieux » de Briançon, une ville qu’il affectionnait particulièrement et où il est inhumé.
Texte de Pierre Suquet, chercheur émérite au Laboratoire de Mécanique et d’Acoustique (CNRS) pour l’Académie des Sciences, et complété par le pôle Communication de CNRS Ingénierie.