Mieux caractériser les atteintes de la moelle épinière dans la sclérose en plaques grâce à l’imagerie quantitative à ultra-haut champ

Résultat scientifique

Des scientifiques marseillais ont mis en lumière l’intérêt de l’imagerie quantitative à 7 teslas pour mieux caractériser les atteintes de la moelle épinière dans la sclérose en plaques. Ces résultats, publiés dans Investigative Radiology, représentent une avancée prometteuse pour mieux comprendre la maladie et affiner son suivi.

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie inflammatoire et neurodégénérative chronique du système nerveux central, touchant le cerveau et la moelle épinière. L’examen de référence pour le diagnostic et le suivi repose sur l’imagerie par résonance magnétique (IRM) anatomique et la recherche de lésions (plaques). Cependant, cette imagerie conventionnelle ne permet pas de caractériser les altérations tissulaires sous-jacentes telles que la démyélinisation. Par ailleurs, les atteintes de la moelle épinière, bien que fréquentes et étroitement associées à la progression du handicap à long terme, restent actuellement moins bien caractérisées que celles du cerveau. 

Dans ce contexte, des scientifiques du Centre de résonance magnétique biologique et médicale (CRMBM, Aix-Marseille Université/CNRS) s’intéressent au développement de techniques d’imagerie quantitatives permettant de mieux caractériser les atteintes médullaires, notamment à ultra-haut champ.  Grâce à une intensité de champ magnétique plus élevée, les imageurs à 7 teslas permettent en effet d’accéder à des résolutions spatiales plus fines (jusqu’à 0,3 mm dans le plan contre ~1 mm à 3 teslas), en plus d’un contraste amélioré. 
Après avoir mis en évidence l’apport de l’IRM 7T anatomique pour la détection des petites lésions médullaires, l’équipe a voulu démontrer sa plus-value pour caractériser les atteintes des sous-structures de la moelle dans la SEP, grâce notamment à la cartographie de relaxométrie T1 (une technique non spécifique mais très sensible à la démyélinisation et la neurodégénérescence).

Dans cette étude exploratoire, menée chez 15 patients présentant une sclérose en plaques récurrente-rémittente et 15 témoins sains appariés selon l’âge, réalisée en partenariat avec le service de Neurologie - Maladies Inflammatoires du Cerveau et de la Moelle Epinière (MICeME, Hôpital de la Timone, APHM), la topographie et la distribution des lésions ont été analysées à l’échelle du groupe, montrant : une hétérogénéité des lésions, une atteinte préférentielle de l’hémi-moelle postérieure, ainsi qu’une prédominance de lésions mixtes (80%), touchant à la fois la substance grise et la substance blanche, tandis que 20% des lésions étaient confinées à la substance blanche. Un gradient d’altération a également été observé entre lésions, tissus d’apparence normale et tissus sains, traduisant une atteinte microstructurale diffuse, dans différents faisceaux de la substance blanche mais également dans les sous régions de la substance grise. Une analyse globale à l’échelle de l’individu, qui pourrait être utilisée en routine par les cliniciens pour le suivi et l’évolution pronostique, a également été proposée pour évaluer rapidement l’intégrité tissulaire de la moelle. Des atteintes structurelles infracliniques au stade précoce de la maladie ont ainsi pu être montrées. Enfin, aucune lésion localisée purement dans la substance grise n’a actuellement pu être détectée dans cette cohorte exploratoire. Cette étude devra être poursuivie avec l’inclusion d’un plus grand nombre de patients pour comprendre si ces lésions influencent le profil d’évolution des patients.

Ce travail a fait l’objet d’un prix de la fondation France SEP, qui soutient les projets de l’équipe. Cette méthodologie vise à être plus largement disséminée. Dans cette optique, une étude multicentrique est conduite en collaboration avec 8 sites internationaux pour évaluer la robustesse de la méthode. L’imagerie de la moelle à ultra haut champ reste actuellement limitée au domaine de la recherche clinique mais le développement d’antennes radiofréquences permettant une exploration de l’ensemble du système nerveux central (moelle et cerveau) pourra ouvrir à des applications en routine clinique. 
En France, 5 sites sont désormais équipés d’un imageur à 7T : Marseille, Lille, Paris, Poitiers et Saclay.

Imagerie T1 quantitative et cartographie Z-score de la moelle épinière à ultra haut champ (7T) permettant une meilleure caractérisation des atteintes tissulaires focales et diffuses dans la substance blanche et la substance grise chez les patients atteints de sclérose en plaques.
© CRMBM

Références
White and Gray Matter Multiple Sclerosis Spinal Cord Lesion Characteristics and Individualized Tissue Damage Assessment Using 7 T T1 Mapping.
N. Laines Medina, S. Mchinda, B. Testud, S. Demortière, L. Pini, A. Le Troter, B. Audoin, J. Pelletier, J. Cohen-Adad, V. Callot.
Investigative Radiology, 2026.
https://doi.org/10.1097/rli.0000000000001288

Contact

Virgine Callot
Directrice de recherche CNRS au Centre de résonance magnétique biologique et médicale (CRMBM, Aix-Marseille Université/CNRS)
Communication CNRS Ingénierie