Une nouvelle approche de nanomédecine pour aider le système immunitaire à pénétrer et contrer les tumeurs du foie
Des scientifiques ont mis au point une approche combinant nanotechnologie et immunothérapie pour lever les barrières qui isolent le cholangiocarcinome et renforcer ainsi la réponse immunitaire antitumorale. Publiés dans la revue Hepatology, ces résultats sont une nouvelle piste pour rendre plus efficace le traitement de ce cancer du foie.
Le cholangiocarcinome ou cancer des voies biliaires est un cancer rare mais particulièrement agressif du foie. Il est souvent diagnostiqué tardivement et répond mal aux traitements actuels. L’une des raisons principales aux échecs thérapeutiques réside dans la structure même de cette tumeur ; la cellule tumorale est à l’origine d’un remaniement profond de l’écosystème qui l’entoure, favorisant le développement d’un tissu fibreux dense et rigide, comparable à une barrière protectrice qui l’isole. Ces barrières ne sont pas de simples parois physiques : elles sont maintenues par des cellules voisines qui freinent également les défenses immunitaires qui luttent contre le développement tumoral. Résultat : le cancer se cache derrière ce rempart et continue de croître presque à l’abri.
L’immunothérapie, qui a déjà révolutionné la prise en charge d’autres cancers, agit en réactivant nos globules blancs antitumoraux, ces “corps spéciaux” capables de reconnaître et de détruire les cellules cancéreuses. Mais face au cholangiocarcinome, ces défenses restent bloquées à l’extérieur de la tumeur et n’arrivent pas à atteindre leur cible. Pour contourner cet obstacle, des scientifiques du laboratoire Nanomédecine, biologie extracellulaire, intégratome et innovations (NABI, CNRS/INSERM/Univ. Paris Cité), du Centre de recherche Saint-Antoine (CRSA, AP-HP/INSERM/Sorbonne Université), de l’Institut Cochin (CNRS/INSERM/Univ. Paris Cité), de la Structure fédérative de recherche Necker (SFR Necker, CNRS/INSERM/Univ. Paris Cité), du Laboratoire chrono-environnement (LCE, CNRS/Univ. Marie et Louis Pasteur), du Centre de recherche des Cordeliers (CRC, INSERM/Sorbonne Université/Univ. Paris Cité), de l’Institut Gustave Roussy (Villejuif), et de l’hôpital Henri Mondor (Créteil) ont mis au point une stratégie innovante.
Les chercheurs et les chercheuses ont exploité des progrès récents dans le domaine des nanoparticules pour injecter directement dans la tumeur de minuscules « fleurs d’or et de fer » qui ont la particularité de collecter puissamment la lumière. Une fois en place, ces particules sont activées par un faisceau laser doux, ce qui déclenche un léger réchauffement local, parfaitement contrôlé et non destructif. Cette chaleur ciblée assouplit le tissu fibreux et réduit l’activité des cellules responsables de la rigidité, ce qui ouvre le chemin aux globules blancs antitumoraux.
En combinant cette technique avec une immunothérapie de type anti-PD-1, les chercheurs ont constaté dans des modèles expérimentaux de cholangiocarcinome inoculés à des souris :
- une rupture de la barrière fibreuse tumorale ;
- une infiltration accrue des globules blancs au cœur de la tumeur;
- une attaque plus efficace contre les cellules cancéreuses;
- et un ralentissement marqué de la croissance tumorale;
Ces résultats montrent qu’en réaménageant l’écosystème tumoral et en abaissant ses barrières de manière contrôlée dans le temps et dans l’espace, il est possible de redonner toute sa puissance à l’immunothérapie.
Cette étude est le fruit d’une large collaboration entre biologistes, chimistes et physiciens. Il comporte à la fois des essais sur des animaux, des caractérisations de nanoparticules et leur activation physique, l’analyse anatomique des tumeurs ainsi que les caractéristiques immunologiques de la tumeur et des multiples cellules impliquées dans la réponse immunitaire de l’animal.
Ce travail offre des perspectives d’amélioration de l’efficacité des traitements immunologiques sur les tumeurs solides du foie. La prochaine étape sera de développer des méthodes sûres et adaptées aux patients pour injecter les particules et les activer par le laser dans la tumeur par endoscopie. À terme, cette approche pourrait offrir de nouvelles solutions thérapeutiques locorégionales combinées à des immunothérapies pour des cancers jusque-là très difficiles à traiter et renforcer les défenses immunitaires des patients contre ces cancers.
© NABI
Références
Laser-activated nanoparticles rewire tumor microenvironment enhancing PD-1 blockade and T cell response in cholangiocarcinoma.
Mirko Minini, Giulio Avveduto, Sonia Becharef, Marie Meunier—Thaens, Bouchra Lekbaby, Maria Perez-Lazon, Alice Machado, Thomas Guilbert, Julie Lesieur, Gilles Renault, Sara Ceccacci, Ida Chiara Guerrera, Christophe Klein, Jérémy Augustin, Rana Bazzi, Stephane Roux, Jonathan Pol, Emmanuel Donnadieu, Florence Gazeau, Laura Fouassier.
Hepatology, le 02/10/2025.
https://doi.org/10.1097/hep.0000000000001545